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vitrines rue Ste. Catherine

Eric Simon

J’aime beaucoup l’idée de m’introduire dans un lieu armé seulement de quelques rouleaux de masking tape qui serviront à la réalisation d’un dessin mural. J’aime croire que le dessin existe déjà, qu’il est en quelque sorte dans le rouleau et que je n’aurai qu’à le dérouler pour le faire apparaître. Le dessin qui se révèle. À moi. Au spectateur. Enréalité, ce n’est pas si différent de faire un dessin au crayon. Comme si le dessin était déjà là, en attente, dans le crayon. Mais c’est moins évident dans le cas du crayon. Avec le rouleau, une fois le dessin terminé, j’ai le sentiment que je pourrais possiblement peler la fine membrane et la ré-enrouler pour former à nouveau un beau rouleau bien compact et l’apporter avec moi vers un autre lieu où, une fois de plus, je le déroulerais pour créer un autre dessin.

Certaines caractéristiques du dessin existent intrinsèquement dans les matériaux utilisés. Dans le cas du masking tape, la couleur et l’épaisseur de la ligne ne varieront pas. Mais je choisis de m’imposer d’autres contraintes. Je ne travaillerai qu’avec des lignes droites. Et celles-ci ne varieront qu’en longueur et ne seront orientées que selon une seule de trois directions possibles. Ces restrictions acceptées, j’ai ensuite tout le loisir d’improviser à l’intérieur de ces paramètres. J’aime travailler avec des moyens limités. Mon ami, l’artiste-peintre David Elliott, se plaît à se moquer de moi et du fait que, quand je peins mes séries de portraits, je n’utilise que trois couleurs et un seul pinceau. Cette approche, en apparence des plus contraignante, me réjouit au contraire par la multitude de possibilités qu’elle offre. La liberté s’affirme au sein d’un ensemble de contraintes. L’infini dans l’interstice.

Parce que ce dessin croît devant mes yeux, je me surprend souvent à imaginer d’étranges formations de moisissure géométrique qui envahiraient le mur. Des images de l’univers en expansion me viennent aussi à l’esprit. Mais ces dessins au masking tape évoquent le plus souvent des structures de pensées et une représentation de l’esprit et de « l’espace » où se développent les idées. Travaillant en moyenne environ six heures par jour, j’entend produire un dessin dont l’évolution pourra être suivie par les passants de la rue Ste-Catherine.


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